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Premières femmes médecins : Camille Landais (1850-1927), trop longtemps oubliée (I/II)

Ce billet fait écho à l’exposition sur panneaux « Place aux femmes ! Les premières femmes médecins » que vous pouvez découvrir jusqu’au 26 juin à la BU Grands Moulins.

Roman ou épopée, la vie de Camille Landais (1850-1927) ? L’une des premières femmes-médecins de France, battante et féministe, choyée dans son enfance, encouragée par les plus grands, reconnue dans les milieux qu’elle fréquentait, décorée par la France… Pourtant, qui, de nos jours, se souvient d’elle ?

Camille Landais à son bureau. Archives départementales de Maine-et-Loire. Cote : FRAD049-0323J

Cette petite femme de 1 mètre 50, vaillante et tonique, a su s’imposer dans une société d’hommes préoccupés surtout par leurs découvertes et leur rang.

« Au théâtre de la mémoire, les femmes sont ombre légère1 » (Michelle Perrot)

Camille Landais naît à Angers au 10 de la rue Monfroux, dans le quartier de la Doutre, le 29 septembre 1850, premier enfant d’Isidore Landais, tailleur de pierre et d’Adèle Cathelineau, fille de marchands angevins. Dix ans plus tard naît son frère Émile, dont elle restera très proche et qu’elle aide à ses devoirs. Dans cette famille aisée et honorablement connue, elle reçoit une éducation soignée et une instruction éclairée.

L’énergie de son père et sa recherche de techniques nouvelles dans ses orientations professionnelles vont stimuler chez elle un esprit naturellement porté vers les sciences.

Qu’attend-on d’une jeune fille de la seconde moitié du XIXe siècle ? Un destin scellé d’avance, d’épouse, de maîtresse de maison et de mère ; le Code civil de 1804 ayant maintenu la femme dans une situation de subordination, sous la tutelle d’un mari ou d’un père : on préfère une fille éduquée à une fille instruite.

Est-ce la publication, en 1868, de La femme médecin, sa raison d’être, au point de vue du droit, de la morale et de l’humanité qui oriente Camille vers la médecine ? Sous le pseudonyme A. Gaël, l’Angevine Augustine Giraud-Lesourd répond point par point aux objections émises dans une série d’articles parus dans L’Économiste sur la possibilité pour les femmes de devenir médecins.

En 1874, à l’âge de 24 ans, Camille se lance et obtient d’abord un brevet de capacité. Pour entrer en faculté de médecine, il faut être titulaire de 2 baccalauréats ès lettres et ès sciences. Elle s’inscrit à la faculté de Sciences de Poitiers, où elle obtient un baccalauréat de sciences complet, c’est-à-dire avec latin, en 1881.

En 1882, elle commence à étudier la médecine à l’hôpital de Saumur. Cette ville, que Camille fréquente pour habiter la petite commune voisine de Chacé, est une tranquille sous-préfecture, essentiellement commerçante, marquée par deux pôles industriels, les chapelets et médailles et les vins. En 1870, à la tête de la municipalité, les Républicains arrivés par la petite porte ont obtenu la majorité ; la gauche bien installée, sous la pression de son très influent maire, le liquoriste James Combier met en œuvre un programme d’instruction laïque et de lutte contre l’Église. Dans ce cadre, son offensive porte aussi sur l’hôpital de Saumur et en 1882, les religieuses pharmaciennes sont expulsées de leur service ; cette même année, Joseph Peton, républicain proche de la famille Landais dans son engagement de gauche, entre comme médecin-chef à l’hôpital et soutient la candidature de Camille comme élève-stagiaire dans le service de pharmacie, dirigé par François Cartier. En 1883, inscrite à Poitiers, elle passe la première partie du baccalauréat ès lettres puis en août, elle quitte Saumur pour entreprendre des études de médecine à Paris.

Le docteur Peton. Maire de Saumur, fondateur du Musée du Cheval. Collection Château-musée de Saumur Hôpital de Saumur. Archives Municipales de Saumur. Cote : 25Fi0621

Champagne ! Entre vins et politique, les hommes de la famille de Camille

Isidore Landais, père de Camille né en 1824 a l’esprit d’aventure. Tailleur de pierre, il s’embarque en 1848 pour l’Algérie, direction Oran, à l’âge de 23 ans. De retour à Angers, il épouse en novembre 1849 une jeune Angevine fille d’un propriétaire de vignobles, Adèle Cathelineau. En 1855, il jette les bases d’une entreprise de vins et liqueurs, rue du Port de l’Ancre à Angers, la Maison Landais-Cathelineau, avec l’idée de produire et de vendre des vins mousseux à Chacé.

Émile Landais, le frère de Camille né en 1860 à Angers, étudie sous la vigilance de sa sœur, se forme aux métiers du vin, agrandit et perfectionne l’œuvre de son père. Il se lance en politique, devient maire de Chacé en 1900, puis conseiller d’arrondissement de Saumur-Sud et vice-président de la fédération départementale des comités républicains.

Chacé. Rue principale. Carte postale vers 1911. Archives municipales de Saumur. Cote : 25Fi1331

Camille Chautemps est certainement le plus célèbre des hommes de la famille Landais. Né en 1885, il épouse en décembre 1909 à Chacé, Renée Landais, la fille d’Émile et devient donc un neveu par alliance de Camille. Avocat, il entre au conseil municipal de Tours et devient maire en 1919 ; député radical-socialiste d’Indre-et-Loire, puis du Loir-et-Cher. Il sera président du conseil en 1930, plusieurs fois ministre de la Justice, de l’Intérieur.

Carabine2!

Camille entre donc en faculté de médecine à Paris en 1883, à l’âge de 33 ans. Les études, longues et difficiles durent 4 années, et comportent 5 examens et 16 inscriptions.

Sur 530 étudiants inscrits en même temps qu’elle, seuls 121 achèveront leurs études. La petite dizaine de femmes présentes doit combattre des difficultés de tous ordres. Néanmoins, des appuis solides leur viennent d’une partie des médecins. À Saumur, ce sont 3 médecins-chefs de l’hôpital, Messieurs Peton, Perreau et Coutant, républicains convaincus qui voient dans l’instruction des femmes une partie essentielle de la lutte des classes.

Les appuis les plus puissants des étudiantes en médecine viennent de médecins brillants et réputés, comme Ange Guépin de Nantes et Paul Bert qui réunit 84 signatures d’illustres confrères en faveur de l’Internat féminin.

Armée de tous ces arguments, sa vocation bien ancrée en elle, avec une volonté de fer, Camille Landais obtient la seconde partie du baccalauréat à Paris en 1884.

Quatre années difficiles d’études de médecine suivent. Les femmes, très peu nombreuses, doivent lutter pour maintenir leur place au milieu d’étudiants aux propos parfois salaces et de certains professeurs méprisants. Qu’importe, l’énergie et la vaillance de cette femme, qui se moque des conventions est sans faille ! Elle obtient le titre et le diplôme de docteur en médecine le 10 octobre 1892, à l’âge de 42 ans. Le formulaire imprimé qui l’accompagne se passe de commentaire sur la mentalité de l’administration : « Vous trouverez, je l’espère, Monsieur, dans la distinction dont vous êtes l’objet et que je suis heureux de vous notifier, une récompense de vos efforts et un encouragement à persévérer dans la voie de recherches où vous êtes entré ».

Elle a notamment été l’élève du professeur Stéphane Tarnier (1828-1897). Tarnier, médecin et obstétricien, est l’un des principaux acteurs de l’école d’obstétrique ; il est à l’origine d’un forceps articulé qui porte son nom et de la mise au point de la couveuse, dont il aurait eu l’idée en regardant les couveuses des oiseaux exotiques. Agrégé de chirurgie en accouchements, il enseigne aux sages-femmes, puis aux étudiants de la faculté de médecine, les maladies des femmes en couches et des nouveau-nés.

« Tarnier – 1828-1897 », Deschiens éd., sd. BIU Santé Médecine. Cote CIPH0323

Un autre grand nom de l’obstétrique, le professeur Adolphe Pinard, (1844-1934), à l’origine du stéthoscope obstétrical, médecin chargé de la clinique d’accouchements de la faculté de médecine de Paris apporte une contribution certaine aux études de Camille Landais.

Le professeur Tarnier, discernant vite le sérieux et son sang-froid de Camille, lui confie en 1888-1889 un poste de confiance dans la clinique d’accouchement de la faculté de médecine. En effet, devant l’insuffisance de l’enseignement clinique, la faculté impose désormais à tous les étudiants 3 années de stage dans les hôpitaux. En janvier 1891, Camille se fait recevoir sage-femme, ce qui lui permet d’entrer en qualité de moniteur dans le service des nouveau-nés où elle peut expérimenter, pratiquer de façon régulière le traitement oxygéné et rédiger sa thèse.

Vous trouverez sur ce carnet la suite de ce billet.

L’image mise en avant sur la page d’accueil est une vue de l’Hôpital de Saumur, sd. Archives Municipales de Saumur. Cote : 25Fi0621

  1. Michelle Perrot, Les femmes ou Les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 2020. Page 47. []
  2. Surnom donné aux étudiantes en médecine, par référence à leurs collègues masculins, les « carabins ». []
Anne Faucou
Anne Faucou
chercheuse en histoire locale

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Anne Faucou (5 juin 2026). Premières femmes médecins : Camille Landais (1850-1927), trop longtemps oubliée (I/II). Panacée. Consulté le 11 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16cde


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